Sortie à La ROMIEU et Jardins de Coursiana

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Grandes cultures et bocage se partagent le paysage à perte de vue… Nous  apercevons au loin, étincelante dans le ciel azuré, la collégiale de La Romieu flanquée de ses deux tours, telle une sentinelle veillant sur ce patchwork estival de parcelles cultivées et de petits bois.

Notre guide, Maria nous attend devant l’entrée du cloître et nous invite à nous asseoir sur des bancs au confort ancestral… En élèves modèles, d’une sagesse exemplaire, nous l’écouterons retracer le passé de la Collégiale inscrite au Patrimoine Mondial de l’Unesco depuis 1998.

A la fin du XI° siècle,  deux pèlerins dont , Albert, un allemand,  de retour d’un pèlerinage de Rome et partant vers Saint Jacques de Compostelle font étape dans ce petit bourg  et décident de s’arrêter pour fonder  sur les terres des seigneurs de Firmacon, Vicomtes de Lomagne, une modeste « cella » , un sanctuaire.

Nous sommes en 1062…Les gascons de la contrée  appellent ces deux aventuriers les « Roumious », les pèlerins de Rome… Ils laisseront leur surnom à la postérité pour désigner ce village d’étape qu’ils ont fondé. Par la suite, le terme s’appliquera à tous les pèlerins.

Quelques habitants s’établissent autour de la petite « cella » qui devient un prieuré bénédictin doté d’« une sauveté », zone de refuge située autour de l’église et d’ un « hôpital ».  Au Moyen Age, c’était davantage un lieu d’assistance qu’un établissement de soin.

 

Au XIV° siècle, Arnaud d’Aux, un enfant du pays, haut dignitaire de la cour pontificale de Clément V, pape en Avignon, fait élever la collégiale Saint-Pierre à la place du prieuré originel et transforme la communauté bénédictine en un collège de 14 moines réguliers dirigé par un doyen et un sous doyen.

Depuis 1259, le traité d’Abbeville  cédant l’Agenais au roi d’Angleterre, le village était sous l’égide anglaise. Il  ne reviendra à la couronne française qu’un 1454.

L’amitié d’Arnaud d’Aux pour Edoaurd II facilita la construction de la cathédrale entre 1312 et 1318 d’autant plus que le roi anglais reversait la totalité des impôts collectés localement pour financer la création de l’ouvrage.

                                                                       Après ces rappels historiques, Maria  se consacrera à l’étude du cloître. Construit en 1320, il offre quatre galeries de huit arcades gothiques géminées :  la reconstitution de certains piliers en pierre blanche d’Angoulême  enlève le charme particulier qu’offrait auparavant cet ensemble taillé dans la pierre traditionnelle de Lectoure, un calcaire très tendre se teintant d’une délicate couleur rosée à la faveur du temps et de l’ oxydation   … Malgré cette restauration  parfois contestable, quelques traces d’un très riche décor sculpté de feuilles de chêne, de vigne et de lierre mêlées à des figures humaines et animales sont encore visibles.

Notre guide attire notre attention sur deux brèches , difficilement repérables… L’usage d’un « pointeur laser «  aurait faciliter nos recherches… Dommage, Maria l’a laissé au bureau au fond d’un tiroir, un oubli qu’elle regrettera à maintes reprises !… Il aurait  pourtant été d’une aide précieuse cet instrument moderne, peut-être même indispensable… Nous finissons par découvrir les ouvertures, les vestiges de l’escalier permettant l’accès aux deux étages du cloître avant qu’ils ne soient détruits en 1569 par un incendie  lors de l’invasion de la Romieu par les troupes protestantes de Montgommery. L’enceinte est classée au titre des monuments historiques depuis 1901 ainsi que l’église dans laquelle nous poursuivons la visite.

 

Influencée à la fois par le gothique méridional et l’art du Nord, elle  présente une longue et haute nef  à quatre travées voûtées d’ogives s’achevant par une abside  polygonale à pans coupés.  Elle abrite l’enfeu, renfermant le corps d’Arnaud d’Aux transporté  dans la collégiale après son décès à Avignon le 24 août 1320 ( une date litigieuse)…

Les travaux de rénovation ne nous permettront pas d’apprécier toute la beauté des lieux : bâches de protection et  échafaudages masquent de nombreux éléments décoratifs… Dans ce tintamarre de  marteaux dégringolant d’une échelle et les grincements de scies agressives, il est difficile d’imaginer  un monde dédié à la prière …

 

                                                                            Entrons dans la sacristie  installée au rez de chaussée de la tour octogonale. Elle frappe par la diversité et la richesse de ses couleurs dans ce lieu si sombre.  Des peintures murales en médaillons datant du XIV° siècle représentent les apôtres de Jésus, des saints et des évêques. Les peintures de la voûte figurent des  anges chanteurs ou musiciens et les anges du jugement dernier, parmi eux, tenant un ostensoir, l’ange de la mort.

La tour octogonale est composée de trois salles voûtées, une par niveau, s’achevant  au bout de ses trente trois mètres par une pièce très ajourée… offrant un splendide panorama sur la campagne gersoise aux courageux qui ont gravi les 168 marches menant au sommet…

La Collégiale Saint-Pierre, fait l’objet depuis près de deux siècles de restaurations régulières : débuté en 2024, un nouveau programme  doit s’échelonner sur dix ans et mobilise les services de la commune, du département et  de l’état.

Souhaitons que le lieu de culte retrouve rapidement sa solennité, offre une étape paisible  aux pèlerins sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle et inspire à nouveau une sensation de paix.

Partons à la découverte du village : les petites rues bordées de maisons de pierre se laissent arpenter, chacune est le témoin vivant d’une histoire…

                                                                                Si les façades parlaient, elles seraient intarissables  et  conteraient fort probablement la légende de cette orpheline, Angeline : en 1343, lors d’une terrible famine où Roméviens et Roméviennes auraient été contraints à manger des chats, Angeline  aurait sauvé deux matous  d’une macabre préparation culinaire…La prospérité revenue,  plus le moindre prédateur  pour combattre rats et souris dans les cultures… si ce ne sont les chatons du couple de greffiers sauvé par Angeline …Une nouvelle famine  épargna La Romieu… Une légende contemporaine qu’aucun document antérieur à la fin du XX° siècle atteste mais qui inspire le sculpteur animalier, Maurice Serreau. Au début des années 1990 , il commence à sculpter quelques chats pour le plus grand plaisir des commerçants et des villageois.…  Chat fripon, chat perché, chat caché, chat joueur, les voilà aujourd’hui posés un peu partout sur la place et les rebords de fenêtres  vivant en harmonie avec leurs congénères parcourant à quatre pattes rues et ruelles… Et, tels des enfants invités à un jeu de piste, nous voilà partis à la recherche  de ces quatorze statuettes inscrivant  La Romieu dans la rubrique « La Cité des Chats » !

Le visage meurtri par le poids des ans, une dame âgée sort sur le pas de sa porte… Appuyée sur sa canne, elle s’approche et nous recommande d’admirer les rosiers ornant le trottoir … »De merveilleux rosiers d’autrefois…ils étaient encore plus beaux la semaine dernière » dit-elle la voix empreinte  d’émotion… 

Parfois, un portail s’ouvre révélant l’amorce d’un jardin.

Là, une brocante expose ses trésors… Chez Mima, se faufiler entre petits meubles et sièges, chiner la perle rare, relève du défit …Tout est à vendre, la déco, la table, les chaises, les assiettes, verres et couverts , quelques vieux ouvrages qui sentent bon la poussière et l’encaustique, des bouts de nostalgie qui font du bien… Les amateurs se laisseraient facilement tenter tant le charme  des objets est savamment magnifié par l’antiquaire…

Revenons sur la place, une place typique des bastides médiévales bordée sur un côté par des arcades. C’était autrefois, le coeur du bourg,  un lieu d’échanges incontournable.

Aujourd’hui, plusieurs magasins s’y sont installés. Un courant d’air frais souffle  dans la galerie incitant certains, plus précisément certaines, à se réfugier dans les boutiques… Pour combler leur curiosité et  pour leur plus grand bonheur ces dames auscitaines pousseront plusieurs portes…et, se laissant porter par l’envie du moment,  dénicheront même le vêtement de leur rêve…

 

Les arcades abritent la Table d’Angeline, un restaurant soigné, où nous déjeunons avant de partir vers les jardins de Coursiana, un des deux jardins du Gers classé « remarquable » en 2005 par le Ministère de la Culture.

En 1974, Gilbert Cours- Darne, un éminent botaniste, un des pères de la recherche agronomique en France, décide, à des fins d’étude, de planter trois cent arbres d’espèces différentes sur quatre hectares. De ces nombreux voyages, il ramène différentes essences « des arbres que j’ai trouvé de la Cordillère des Andes à la muraille de Chine » dit-il… Chênes, érables, marronniers, magnolias, tilleuls…

En 1992, Monsieur Cours-.Darne lègue le jardin à Véronique et Arnaud  Delannoy … Ils y consacrent toute leur vie et décident de nommer » l’Arboretum de Coursiana » en l’honneur de Monsieur Cours-Darne . Au fil des ans, les jardins évoluent. Les nouveaux propriétaires continuent à créer un lieu unique  et ouvriront le jardin au public en 1994… Aujourd’hui, leur fils, Jean, guide la visite,  un tour du monde des essences.

Près de la maison familiale en vieilles pierres  s’étale le jardin à l’anglaise, une explosion de senteurs, une déclinaison de couleurs.  Les rosiers rivalisent de beauté, une palette de teintes pastels et douces  aux rouges vifs. On s’émerveille !!!   De la boule blanche du rosier d’auto-route au rose évanescent de la délicate  rose « Pierre de Ronsard », cette fleur royale si belle au soleil levant… Du rosier iceberg « fée des neiges » au « Coursiana »….Les pâquerettes des murailles colonisent le moindre espace libre, les campanules dressent leurs hampes aux fleurs étoilées d’un bleu mauve. Ici les nigelles de Damas aux délicats pétales de couleur bleue rose ou violette voisinent avec la coquelourde des jardins au feuillage argenté et aux fleurs d’un grenat intense … Oeillets de poète , verveines, hémérocalles, anémones du japon, valérianes, et chèvrefeuilles  s’associent dans un  lumineux tableau exhalant les plus fines senteurs.

Passons sous la tonnelle où les clématites blanches et bleues s’étirent paresseusement le long des tiges des rosiers  grimpants avant d’éclore et  parcourons « le potager familial ». Des sillons rectilignes, plantés avec application en respectant les règles de cohabitation…car au potager, la qualité des voisins fait toute la différence : fraises, tomates, oignons vivent en bonne entente , mais pommes de terre et courgettes  ne manifestent aucune  affinité.

Jean nous guide vers l’arboretum, un arboretum exceptionnel où près de 700 espèces d’arbres et d’arbustes sont soigneusement identifiées et étiquetées. Le festival du végétal ! Nous ne retiendrons que quelques noms…Les reconnaissez-vous dans la galerie de photos ?

Le Magnolia grandi flora originaire des Etats-Unis. L’arbre japonisant, le Melia azedarak, d’Inde, du Sud de la Chine et d’Australie. L’arbuste au parfum enivrant,  le Pittosporum Tobira, une variété du Japon. Le tulipier de Virginie. Le Styrax japonica aux grappes blanches. Le Calycanthus xraulstonii, l’arbre aux anémones. Le Cornus Kousa Vénus, le cornouiller du Japon aux somptueuses fleurs blanches.  Sauvé, par le gouvernement australien, un des arbres les plus rares du monde découvert en 1994 par David Noble, garde chasse dans une vallée secrète au coeur du parc National Wollemi en Australie, le Wollemia Nobilis. L’Araucaria augustifolia, un conifère du Brésil en danger d’extinction…

C’est le calme du monde des grands arbres. Sous les opulents feuillages, les rosiers escaladent les troncs habillant leurs hôtes d’une somptueuse cape fleurie.

Jean  aura du mal à nous arracher de cet univers végétal luxuriant pour nous amener  au jardin de plantes médicinales et odorantes créé en 2002 avec l’aide de l’entreprise gersoise « Fleurance Nature » , spécialisée dans la conception et la fabrication de compléments alimentaires et cosmétiques.

Thym, sarriette, sauge, camomille, mauve, mélisse,… les touffes parfumées  poussent en folle exubérance flirtant  avec les plantes aux qualités médicamenteuses utilisées en phytothérapie : la guimauve calme la toux,  la menthe poivrée soulage les maux de tête, le millepertuis est traditionnellement  utilisé contre les brûlures…

Quelques achats de plantes, un crochet par la boutique pour satisfaire notre  gourmandise et nous prenons la direction de Castelnau sur l’Auvignon, un petit village au coeur de la Gascogne théâtre de violents combats en 1944 , un tragique épisode relaté par Jean-Louis.

 

 

Le réseau Victoire créé le 12 Avril 1942  par le maire de Castelnau, l’institutrice , un sous-officier du régiment d’Agen et Maurice Rouneau, dit  « Albert » est rejoint le 27 Novembre 1942 par le major britannique George Starr, nom de code « Hilaire »… Avec l’aide d’une opératrice radio, « Annette », il saura utiliser et développer les contacts du réseau Victoire et obtiendra du « Spécial Opération Executive » (le S.O.E) de nombreux parachutages d’armes destinés à équiper les groupes de combattants.

Le 6 Juin 1944, le maquis de Castelnau se forme, il est renforcé par un contingent de guérilleros espagnols commandés par « Camilo »….

Le 21 juin 1944, au matin, une colonne allemande, venue de la route de Lectoure encercle le village… Après plusieurs heures d’affrontement, la poussée allemande devient irrésistible, « Hilaire «  ordonne l’évacuation des civils. Un artilleur prépare l’explosion du dépôt des munitions entreposées dans la cour du château…Lorsque les Allemands pénètrent dans Castelnau, le bâtiment vole en éclats mettant hors de combat plusieurs assaillants. Les troupes allemandes feront sauter les maisons. Le village sera presque  totalement détruit. Les maquisards seront évacués vers Condom par le Bataillon de l’Armagnac qu’ils intégreront en 1945.

En raison de l’attitude des habitants, de l’ampleur des combats et des destructions, le village a été décoré de la « Croix de Guerre « le 11 Novembre 1948.

En 1951, un monument en forme de péristyle est érigé en hommage aux combattants français et espagnols afin que leur souvenir et leur exemple restent gravés dans les mémoires.

Nous ne pouvions partir sans jeter  un coup d’oeil à l’église paroissiale Notre-Dame de la Nativité, admirer sa porte de style gothique et son campanile surmonté d’un chapeau de gendarme.

Nous aurions volontiers flâner dans la rue fleurie  de ce bourg coquet, mais il était quand même temps de repartir vers Auch…  Certains suggèrent déjà des projets de sorties futures. Infatigables ce club dit du « Troisième Age »….

 

 

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