Sortie à Agen mercredi 11 février 2026

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                                            Ce mercredi 11 février, nous partons vers la préfecture du département du Lot-et-Garonne à la découverte de l’exposition labellisée d’intérêt national,

« Lumières Françaises. De la cour de Versailles à Agen ».

Somptueusement ordonnancée dans l’église des Jacobins, l’exposition présente le fonds du musée d’Agen enrichi de prêts prestigieux  du château de Versailles, des musées du Louvre et de la Bibliothèque Nationale de France.

La  directrice du musée nous attend et nous guidera dans une immersion hors du temps  sous les voûtes de cet ancien couvent dominicain fondé en 1249 sur un des seuls points de la ville protégé des inondations.

Elle précise qu’Agen et sa région connaissent au XVIII° siècle une période de prospérité économique et culturelle lui permettant de tenir une place entre Bordeaux et Toulouse. Au coeur du récit, une figure domine, le Duc d’Aiguillon, ministre des affaires étrangères de Louis XV. Exilé sur ses terres en 1875, il devient malgré lui un passeur culturel. Son arrivée, fera souffler un vent nouveau dans l’Agenais, le vent de vie de la Cour de Louis XV.

Laissons-nous conduire  dans la bibliothèque du Duc d’Aiguillon: elle regroupe de prestigieuses éditions provenant de la bibliothèque du Duc saisie en 1793.  Elle est le reflet de l’effervescence intellectuelle du siècle et illustre les liens personnels de la famille avec certains auteurs. On remarque l’ édition exceptionnelle des Lettres Persanes offerte par Montesquieu à la Duchesse d’Aiguillon, un recueil, la traduction de l’Odyssée d’Homère traduit en vers anglais et l’encyclopédie de Diderot et d’Alembert éditée entre 1751 et 1772, en dépit de sa mise à l’index.

Une oeuvre de Felix Lecomte, le buste de Montesquieu, imposante sculpture en marbre, orne cette alcôve et côtoie un portrait réalisé par François Hubert Drouais, celui du Duc d’Aiguillon en habit de cavalier de la garde royale arborant les insignes des ordres de Saint Louis et du Saint Esprit.

Le Comte de Lacépède est représenté méditant à sa table de travail dans l’intimité de son appartement, vêtu d’une robe de chambre… Ce naturaliste, membre fondateur de la Société des sciences, belles lettres et arts d’Agen créée en 1776 est l’auteur de nombreux ouvrages,  notamment un  écrit entre 1798-1803 dédié aux poissons: l’exemplaire présenté dans la vitrine permet d’apprécier le réalisme des dessins.

Dans une alcôve feutrée, découvrons maintenant la collection d’Aiguillon où transparaît le souhait du Duc et de la Duchesse de s’entourer pendant leur exil des effigies des membres de la famille royale et de leurs amis qu’ils fréquentaient avant la mort de Louis XV. Elle est aussi le reflet de l’engouement du duc pour des maîtres français contemporains et de l’attrait pour les scènes mythologiques badines, les natures mortes, les paysages et surtout l’art du portrait. Différents tableaux seront plus amplement détaillés par notre guide, une historienne avertie.

Des portraits mondains, des oeuvres de Drouais réalisées entre 1727-1775 : le peintre a traduit avec précision et délicatesse la finesse de la dentelle de la spectaculaire robe rose argentée d’ Adélaïde, la quatrième fille de Louis XV et de la reine Marie Leszczynska: sur l’autre toile les brillants de la Comtesse de Provence, Marie Joséphine de Savoie éblouissent…

A côté de natures mortes aux oiseaux, exercices sur l’art du trompe-l’oeil  du peintre animalier Oudry, s’élève « le triomphe de Galatée », une belle restitution du style « rocaille ». Ce tableau mythologique de  Charles de la Fosse peint vers 1670 narre dans une composition en frise Galactée, fuyant le cyclope Polyphène, secourue par les Néréides et les Tritons.

Attribués à Jean-Marc Nattier, deux petits portraits des filles du duc d’Aiguillon rappellent le raffinement du collectionneur.

Perle du musée,  dans son cadre du XVIII ème, peint par Drouais en 1769, le portrait de Jeanne Du Barry, la dernière favorite de Louis XV, peint en Flore, la déesse romaine des fleurs et du printemps. Une oeuvre où tout n’ est que délicatesse et douceur:  Madame Du Barry tient une guirlande de fleurs, une couronne retient ses cheveux qui cascadent librement dans son dos,  de son visage aux joues un peu rosées émane un regard caressant … Avec ce portrait, François-Hubert Drouais idéalise tant la beauté que la jeunesse de la favorite. Madame Du Barry avait offert ce tableau au Duc d’Aiguillon peu de temps avant d’être exilée de la cour par les nouveaux souverains, Louis XVI et Marie Antoinette… La célèbre comtesse du musée d’Agen dialogue avec son pendant versaillais que l’on aperçoit sur le mur opposé…

La visite nous conduira devant  une composition particulière: à partir de l’extraordinaire  tête antique de porphyre d’Alexandre Le Grand offert par le cardinal De Richelieu à la comtesse d’Aiguillon, le sculpteur François Girardon réalise un buste complet en marbre  doté d’une superbe draperie  et d’ornements de bronze doré. Ce chef d’oeuvre  entre en 1738 dans les collections royales et orne le Cabinet du Conseil à Versailles, lieu solennel où Louis XV, puis Louis XVI réunissaient leurs ministres.

Un espace réunit les portraits de femmes de pouvoir, la princesse De Conti, Madame De Pompadour,  la sulfureuse Madame de Châteauroux émergeant d’un somptueux drapé bleu et des scènes de cour.

Deux gouaches de Van Blarenberghe, un peintre miniaturiste révèlent la splendeur du château de Veretz, résidence tourangelle favorite des Ducs d’Aiguillon : une grande terrasse dominant  la rivière et les jardins.  Peignant de petites choses avec un réel souci de précision, le peintre représente dans ces vues une foule de personnages  dont on peut apprécier la netteté et la recherche du détail grâce à un procédé de visualisation fragmentaire.

Le récit se poursuit avec l’ascension du Duc d’Aiguillon, grand serviteur de l’Etat: précurseur de la modernisation du réseau routier, urbaniste de Nantes et Rennes, mais surtout grand vainqueur le 11 Septembre 1758 du combat de Saint-Cast gagné sur les Anglais par les troupes françaises et la noblesse de Bretagne. L’exploit est immortalisé par une gravure à l’eau forte de Nicolas Ozanne, une médaille commémorative est frappée… L’euphorie suscitée par cette victoire assure la gloire du Duc d’Aiguillon, salué par Louis XV et la marquise de Pompadour.

Proche de Madame Du Barry, devenue son alliée et son principal soutien dans sa carrière ministérielle, le Duc d’Aiguillon deviendra ministre des Affaires étrangères en 1771, succédant à son rival Choiseul. Il forme avec Augustin de Maupeou, chancelier de France et l’Abbé Terray, contrôleur des Finances,  « le triumvirat » de la fin du règne de Louis XV et exercera brièvement le rôle du ministre de la Guerre en 1774.

Au fil de ses charges, le Duc fait des arts et de l’architecture un instrument de pouvoir au service du bien public comme de son propre prestige… Un rapide regard sur la vitrine protégeant le service produit par la manufacture royale de Sèvres, un véritable ouvrage d’art et le service commandé par le Duc à la compagnie des Indes… les armoiries de la famille auraient dû l’orner mais une mauvaise lecture du diagramme à transformer l’emblème symbolique en pigeons…

Une section entière dédiée à Madame Du Barry rappelle son amitié avec le Duc et son goût pour les arts. Une oeuvre extrêmement sensuelle, le buste en marbre exécuté par Augustin Pajou traduit le port altier de Madame Du Barry, vétue d’une étoffe délicatement plissée…

Pénétrons dans la nef éclairée par de larges baies. Des vitraux du XIX°ième tamisent une douce lumière sur l’ immense toile  de Sainte Thérèse d’Avila en extase et la Trinité. L’oeuvre a été  réalisée en 1757 par le peintre toulousain Jean-Baptiste Despax  pour les carmélites d’Agen. Intégrée à un décor fastueux et lumineux, l’oeuvre traduit l’esprit triomphant et théâtral de la peinture religieuse du XVIII° où spiritualité et grandeur décorative s’unissent.

Bercés par une musique d’époque recomposée à partir de la bibliothèque musicale du Duc,  nous pénétrons dans la « boîte violette ». Elle reconstitue l’exil du Duc à Aiguillon en 1775. A la mort de Louis XV, il  doit rejoindre son château en agenais. Déjà en partie restructurée depuis 1771 sous les directives de Charles Le Roy, cette résidence monumentale et confortable agrémentée de nouveaux jardins dominant le paysage de la confluence du Lot et de la Garonne est  un lieu de vie culturelle. Un orchestre d’une vingtaine de musiciens joue dans le « salon des concerts » pour la noblesse locale. Un théâtre de société est construit en 1781 : concerts ,opéras, bals, comédies y sont donnés afin de faire revivre en Agenais les divertissements de la cour et les plaisirs de Paris. La « mode vestimentaire » est aussi à l’honneur:  un vêtement masculin en velours ciselé et brodé de soie, fil d’argent, paillettes, cannetille vernie de rouge, … une imposante robe à la française en soie brodée à l’aiguille datant de 1760…

Le parcours enchanté dans le faste du Siècle des Lumières de la cour de Versailles aux rives de la Garonne se termine… La visite se poursuit par l’histoire de l’Agenais au XVIII°. Nous sommes en 1789…le début de la Révolution française… le 14 juillet les Parisiens prennent la Bastille… , notoire prison parisienne  dont  on peut admirer  une maquette constituée de fragments de pierre  de la forteresse démolie dès le 15 juillet.

 

Nous quittons à regret les hautes vôutes de l’église  pour rejoindre nos collègues agenais et partager avec eux  la pause déjeuner. Un très agréable  moment convivial avant d’arpenter le coeur historique de la ville sous la conduite de Jean-Luc.

   Nous le retrouvons sur l’esplanade du parc Fallières. Il évoque brièvement le passé historique d’Agen créé vers 400 av J.C. sur un oppidum gaulois.

D’Aginnum, nom de la ville gallo romaine, il ne reste pratiquement aucune trace. L’amphithéâtre a été enfoui sous des aménagements récents. La ville, riche et peuplée devait sa prospérité à une activité de transit, un passage intense ayant probablement favorisé l’implantation précoce de la religion chrétienne.

Au Moyen Age, la ville se recroqueville autour de l’église Saint-Caprais. Les principaux vestiges de l’Agen médiéval sont des édifices religieux: l’église des Jacobins est l’un des plus remarquables.      La ville connaît une renaissance autant matérielle qu’intellectuelle de la fin de la guerre de Cent Ans aux premiers troubles des guerres de Religion, période pendant laquelle Agen, cité catholique, capitale politique et intellectuelle des Réformés sera à plusieurs reprises occupée et pillée par les troupes protestantes.

Séditions populaires, pestes et famines font que le retour véritable à la prospérité n’a lieu qu’au XVIII° siècle. Les récentes études menées démontrent combien cette période de l’histoire a été déterminante dans l’affirmation de l’identité du bâti dans l’Agenais: une identité marquée par un renouvellement architectural et urbanistique fortement insufflé par le Duc d’Aiguillon introduisant l’art de vivre de la Cour de Versailles dans son château d’ Aiguillon. Partons à la découverte des nombreux édifices de cette époque.

                                 Devant nous se dresse l’ancien palais épiscopal  construit  en 1775 à la demande de l’évêque d’Agen, Monseigneur Jean Louis d’Usson de Bonnac. Edifié sur les plans de Leroy, architecte du château d’Aiguillon, l’immense bâtiment est orné de quatre colonnes doriques supportant un balcon. C’est le plus bel édifice du XVIII° de la ville. En 1908, Napoléon décrètera  d’y installer la préfecture…Sur le fronton, les armoiries de l’évêque seront remplacées par des motifs…

Nous déambulons dans le quartier. Des détails personnalisent l’architecture du XVIII° siècle, l’agencement des façades, la forme des fenêtres, et des portes, des éléments d’ornement  sculptés ou en ferronnerie. Prévus pour être enduits à la chaux, les édifices sont construits en calcaire de l’Agenais, en pierre jaune de Dordogne ou en brique. Chaque rue, chaque mur est le témoin vivant d’une histoire et murmure ses souvenirs à qui veut bien l’écouter…Toute une palette de demeures se décline le long des rues, de la maison du simple artisan aux hôtels particuliers de l’élite, en passant par un modèle d’habitat plus soigné. Face à une maison du  XIX° siècle de style éclectique, la grande maison bourgeoise arborant un balcon contraste avec la modeste  maison polyvalente de l’artisan à la porte astucieusement  surélevée pour pallier les caprices de la Garonne.

Nous empruntons la rue Lamouroux, baptisée du nom du manufacturier de toiles à l’indienne et grand exportateur de textile. Notre guide précise qu’au XVIII° siècle les contraintes économiques obligeront l’Agenais à abandonner la culture du tabac au profit de celle du chanvre et du lin. Reconnu comme le meilleur chanvre du royaume, la fibre textile permet d’obtenir des toiles de qualité supérieure pour la Marine Royale. Cinq manufactures de textiles sont créées, dont la manufacture de toiles à voiles très vite érigée en manufacture royale construite entre 1764 et 1780 à la demande du maire d’Agen. Le commerce s’oriente vers Bordeaux et l’influence bordelaise imprègnera aussi l’art architectural, les façades s’ornent de mascarons, des sculptures représentant généralement un masque.

Rue Montesquieu, se dresse l’immeuble du Comte de Lacépède, un des premiers haut garonnais à être décoré de la légion d’honneur. Auteur de nombreux ouvrages de physique et de science naturelle, il publiera également les derniers tomes de son « professeur », Buffon.

La rue Mirabeau abritant autrefois jardins et couvents nous conduit devant cette grande maison en pierre. Ce n’est « que » le pied à terre de Jean Florimond Boudon de Saint Amans, un collectionneur d’antiquités, un passionné de botanique, grand spécialiste de la flore agenaise. On lui doit l’identification d’une tulipe rouge à l’intérieur maculé de noir cerclé de jaune, une espèce protégée, « la tulipa agenensis »…

Les portes aussi conte leurs histoires. Ici, ni de digicode électronique à cinq chiffres ni d’interphone, joyeusetés des cités civilisées, mais les heurtoirs enjolivent les portes, de la simple menuiserie de l’habitation de l’artisan, à celle plus élaborée, selon le rang social, à double battants ou cochère…

Notre itinéraire passe rue Beauville! Une remontée dans le temps! Un charmant petit îlot moyenâgeux: témoins d’un riche passé, modestes ou raffinées, les maisons à pans de bois avec encorbellement jalonnent le coeur du quartier. La tour carré surplombant l’habitation de l’avocat Darribeau de Lacassagne suscite de nombreuses interrogations…Observatoire pour un passionné d’astronomie? Tour de guet d’un propriétaire terrien inquiet surveillant les signaux adressés par le fermier de son domaine à Pont-du-Casse situé 6,2 Kms? Mirador d’un élégant magistrat frivole « reluquant » la « Petite Mignonne »?… Secret d’Histoire ou historiette?…

Après un petit arrêt devant la maison du boulanger au seuil entaillé selon l’écartement des roues des charettes, nous arrivons sur le boulevard de la République. Percé dans les années 1880 à l’initiative du maire, Jean Baptiste Durand, il devient l’artère principale de la ville.

Là, notre guide interrompt la marche! Nous sommes devant le siège de l’Académie des Sciences, Lettres et Arts d’Agen! Incontournable! Créée en 1776 par huit  membres dont Messieurs Boudon de Saint Amans, Lacépède et Lamouroux, la Société Savante se consacre à l’étude des arts, des lettres, des sciences, de l’agriculture et de l’histoire locale. En 1804 la collection des « Recueils et Travaux  » publiera   les premiers travaux. Depuis 1874, ils sont édités dans la revue de l’Agenais.

Nous reprenons notre parcours le long du boulevard, la rue des Grands Magasins du XIX° siècle,  bordé d’imposants bâtiments haussmanniens ornés de balcons en fer forgé ouvragé. Quelques pas  sous les arcades de la rue des Cornières abritant des maisons médiévales à colombages nous amèneront au pied de la cathédrale Saint Caprais édifiée au XII° siècle. L’intérieur de l’église, en grande partie de style roman, a été peint par Jean-Louis Bézard entre 1845 et 1869. Le décor raconte l’histoire du christianisme dans l’Agenais avec ses martyrs, Sainte Foy et Saint Caprais.

Nul doute, cette oeuvre aurait mérité une meilleure attention, mais l’impératif horaire nous oblige à abréger notre visite en cette fin de journée consacrée à l’art et l’histoire d’une époque florissante marquée par l’effervescence intellectuelle.

CH D

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