Compte rendu voyage à CHYPRE en individuel

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Voici le compte rendu de la visite de l’île de Chypre, selon mes impressions :

  1. Premières impressions et aperçu historique

J’avais une vague idée de ce qu’est cette île de la Méditerranée, dont on parle parfois en termes de paradis fiscal. Ce voyage m’a ouvert les yeux sur bien d’autres réalités que je vais essayer de résumer ici.

Le but du voyage était avant tout touristique. Nous suivions donc une guide francophone, très cultivée, qui nous a souvent piégés sur nos souvenirs d’histoire et de mythologie grecques, dans l’autobus qui nous transportait.

Nos déplacements nous ont conduits du sud vers l’ouest, puis vers le centre et le nord-est, avant de revenir vers le sud, point final du circuit.

Nous avons découvert — moi en particulier — une île très riche sur les plans archéologique et historique, marquée par le passage successif de nombreux peuples : commerçants grecs (vers 1300 av. J.-C.), Assyriens, Perses, Ptolémées d’Égypte, Romains et Byzantins. Suivirent les Templiers, au temps des croisades, avec Richard Cœur de Lion, qui acheta puis revendit l’île aux Lusignan. Ceux-ci y régnèrent pendant trois siècles. Vinrent ensuite les Vénitiens au XVIe siècle. En 1571, les Ottomans prirent possession de l’île pour trois siècles, jusqu’à l’arrivée des Anglais en 1878. Ces derniers conservèrent cette colonie jusqu’à l’indépendance, en 1960, sous la présidence du patriarche Makarios III. Les garants de cette indépendance furent l’Angleterre, la Grèce et la Turquie.

  1. Limassol, Kourion, Lefkara et Paphos

Je reviendrai plus tard sur la suite de l’histoire. Notre visite nous fit d’abord découvrir les environs de Limassol, dans le sud de l’île.

Premier arrêt : le grand site archéologique romain de Kourion, avec un superbe théâtre restauré face à la mer, le forum, le portique, la maison d’Eustolios aux belles mosaïques et la basilique paléochrétienne. Suivit la forteresse médiévale de Limassol, où Richard Cœur de Lion aurait épousé Bérengère de Navarre, devenue reine d’Angleterre.

Un excellent déjeuner nous fit découvrir le vin de Chypre — les vignes auraient été plantées par les Templiers — que nous avons apprécié !

L’après-midi fut consacrée au village de Lefkara, construit en pierres blanches calcaires et spécialisé dans la dentelle et l’argenterie filigranée. Puis retour à Limassol.

Le jour suivant se termina à Paphos, quatrième grande ville de l’île, après la visite d’une belle église orthodoxe du XIIe siècle (l’orthodoxie étant la religion dominante à Chypre), d’un monastère et de la cellule de l’ermite saint Néophyte. Sur la route vers Paphos, nous passâmes par les bains d’Aphrodite.

Le paysage est celui d’une vallée agricole fertile : une zone de vergers produisant de nombreuses variétés de fruits, de maraîchage et d’élevage — chèvres, brebis, porcs, vaches et volailles.

Le lendemain matin fut consacré à un site de nécropole dans la proche banlieue de Paphos. Dès 1930, des fouilles y ont mis au jour des tombes du IIIe siècle av. J.-C., creusées dans le calcaire et réservées aux patriciens. On y trouve aussi une basilique paléochrétienne à sept nefs, devenue église œcuménique, ainsi que des villas romaines aux superbes mosaïques, ayant appartenu à des familles très riches. Les fouilles se poursuivent.

  1. Le Troodos et les monastères

Nous partons ensuite pour le Troodos, au centre de l’île, dans la montagne. Le sommet est indiqué à 1 300 mètres, avec deux pistes de ski, alpin et de fond. À Omodos, arrêt dans un chai avec dégustation du vin local.

Le mercredi 23, direction le monastère de Kykkos, le plus célèbre de l’île et l’un des plus riches du monde orthodoxe ! Il abrite notamment l’icône de la Vierge que la tradition attribue à l’évangéliste saint Luc, mais dont nous ne verrons qu’une reproduction en tissu. Beaucoup de bateaux y sont suspendus, offerts par des marins dont saint Nicolas est le patron. Quarante moines vivent encore ici.

Nous allons ensuite voir la tombe de Makarios III, dont la guide nous raconte la vie (1913–1977). D’abord berger, il deviendra archevêque, puis premier président de la République de Chypre après l’indépendance, de 1960 à 1977.

Nous visitons deux autres petites églises remarquables : Saint-Nicolas-du-Toit et Asinou. Puis nous arrivons à Nicosie. Notre hôtel se trouve dans la partie chypriote.

 

  1. Nicosie et la division de l’île

C’est ici qu’il faut poursuivre l’histoire de Chypre. La République proclamée en 1960 prévoyait un partage des responsabilités politiques entre les deux communautés chypriote grecque et turque. Les notes évoquent alors une proportion de 18 % de Turcs sur l’île.

En 1974, la junte militaire au pouvoir en Grèce organisa un coup d’État contre Makarios. Cela donna au gouvernement turc l’occasion d’attaquer Chypre, au nom de la défense de la minorité turque. L’invasion, décrite ici comme sanglante et illégale, fut marquée par des bombardements au napalm. La Turquie occupe depuis lors 37 % du territoire, dans le nord de l’île.

La ligne de démarcation est appelée « ligne verte ». Elle sépare Nicosie, la capitale, en deux, tandis que l’ONU demeure présente entre les deux parties. Aujourd’hui, huit points de passage seraient possibles. Des villages entiers d’Anatolie auraient été déplacés pour peupler la zone occupée et 40 000 soldats y seraient toujours présents.

Les Britanniques ont conservé de la colonisation 150 km² pour y installer deux bases militaires, aérienne et navale. Prévues pour trois ans en 1960, elles n’ont pas de date de départ ; 40 000 personnes y vivraient.

Cette situation explique que nous ayons changé de guide à Nicosie. La première avait dû fuir les bombes à l’âge de sept ans lors de l’invasion ! La nouvelle guide doit être accompagnée d’une femme turque pour les visites en zone occupée.

Nous visitons ainsi le fort de Saint-Hilarion, situé à 752 mètres, puis nous nous dirigeons vers la ville de Kyrénia, au bord de la mer. Les notes évoquent une population de 100 000 habitants, la présence d’hôtels-casinos et des activités de blanchiment d’argent ; elles soulignent l’emprise de la Turquie sur cette zone.

Nous partons ensuite pour Bellapaïs, remarquable site du XIIIe siècle. L’église jouxtant l’abbaye date de l’époque des Lusignan.

Dans la partie libre, nous visitons le musée de Chypre, musée archéologique d’une richesse incroyable malgré le pillage que les notes attribuent à certaines expéditions étrangères ayant participé aux fouilles. Elles mentionnent ainsi deux galeries entières consacrées à Chypre au MoMA de New York ! Nous terminons par une promenade dans la vieille ville.

  1. Quelques repères sur la situation actuelle

Pour compléter ce tableau, voici quelques chiffres et observations relevés pendant le voyage :

  • La superficie de l’île est indiquée à 9 251 km², pour environ 1 200 000 habitants. La partie sud représente 5 891 km² (62 %) et la partie nord 3 355 km² (36 à 38 %), avec 260 000 à 300 000 habitants dans cette dernière.
  • Dans le sud, le grec est parlé ; l’anglais est enseigné dès six ans et le français à douze ans. On conduit à gauche.
  • Le sud vit essentiellement du tourisme. Selon les chiffres entendus pendant le voyage, la situation géopolitique actuelle s’accompagnerait d’une chute de 50 % du nombre de touristes, d’une inflation de 40 % et d’une hausse du chômage de 4 % à 17 %.
  • Le prix des tomates et des concombres était compris entre 5 et 6 euros le kilo ! Beaucoup de jeunes partent étudier à l’étranger et ne reviennent pas.
  • Sur les toits, on observe deux citernes superposées : l’une pour l’eau potable, l’autre pour l’eau chaude. Elles se remplissent automatiquement. L’île compterait 18 barrages et cinq usines de dessalement. L’irrigation au goutte-à-goutte est généralisée.
  • On voit aussi de petits parcs photovoltaïques et quelques éoliennes. La pêche serait en déclin, faute de poissons.

Conclusion — Ce fut un beau voyage, très instructif sur de nombreux points.

Annick LEBLANC

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