Compte rendu Randonnée et visite Vallée du VIAUR

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Compte rendu et galeries  Vallée du VIAUR

Sous le ciel étoilé du 6 Octobre, les courageux randonneurs se retrouvent à 7h30 à la gare routière, un horaire jugé très matinal par certains…

Surveillés par un croissant de lune moqueur, nous partons vers le Ségala, un territoire de longs plateaux schisteux morcelés d’étroites vallées sauvages et boisées s’étendant sur le département du Tarn et de l’Aveyron.

Première étape, Pampelonne, petite bastide royale créée en 1290 par le Sénéchal Eustache De Beaumarchais : il l’a baptisée ainsi en souvenir de la ville de Pampelune en Navarre où il avait été gouverneur.

Monsieur le Maire, Monsieur Malaterre, nous retrouve devant la mairie où il commente une photo ornant le mur du bâtiment, la seule photo qui ait été prise lors du rassemblement des élus socialistes en 1910 où l’on voit le leader socialiste Jean Jaurès poser devant l’hôtel Malfettes aux côtés d’Auguste Cannac, conseiller général de Pampelonne. Mr le Maire trace un première ébauche  de la vie de Jean Jaurès, avant de nous guider lors de la visite du musée dédié au célèbre homme politique né à Castres en 1859, élu député en janvier 1893 à l’âge de 26 ans. Le plus jeune député de France.

De nombreux textes témoignent de l’enracinement de Jaurès à sa terre natale, de son attachement indéfectible à la cité minière de Carmaux. Il partagera toujours les luttes des ouvriers carmausins pour tenter d’améliorer leurs conditions de travail et d’existence.

Des documents exceptionnels relatent le parcours de Jaurès, aussi bien l’homme du Tarn qu’il n’a jamais cessé d’être que le grand Tribun politique, aussi bien l’homme de lettres féru d’histoire et de philosophie, journaliste à ses heures, que l’homme politique soutenant le monde agricole et défendant Dreyfus.

Correspondance avec Auguste Cannac, son compagnon de route, feuilles d’émargement des votes, objets personnels et officiels ayant appartenu à J. Jaurès ou liés à sa vie publique sont méticuleusement exposés dans des meubles à plans ou des vitrines : l’une d’elles renferme le masque mortuaire du Castrais assassiné par un  étudiant nationaliste, Raoul Villain, au Café du Croissant à Paris le 31 Juillet 1914… L’inhumation initiale a  eu lieu à Albi ; la dépouille portée par les mineurs et les verriers de Carmaux en tenue de travail, marquant le lien profond du tribun avec le monde ouvrier, sera transférée au Panthéon lors d’une cérémonie nationale orchestrée par le gouvernement du Cartel des Gauches le 23 novembre 1924.

La richesse du musée aurait mérité que nous y consacrions plus de temps, mais l’horaire nous obligea à abréger notre visite non sans avoir remercié Mr le Maire, un passionné d’Histoire, pour sa disponibilité et la qualité de ses commentaires.

Nous partons vers la Place du Foirail autrefois fréquentée par J. Jaurès lors de ses pérégrinations pendant ses campagnes électorales en milieu rural. Un banquet républicain  en son honneur y fût organisé le 25 Septembre 1910.

La » Revue Regards » de septembre 1959 relate la dernière visite du député à Pampelonne en Avril 1914 . En voici un extrait :

« il monta en voiture et lança un « adieu » retentissant. L’aubergiste, Monsieur Malfettes commente :

« – Adieu, lui qui ne disait jamais qu’ « Au Revoir »

– Ce jour-là, il nous a dit « Adieu »…  Lou nostre Jeannot »

 

Point de banquet  aujourd’hui Place du foirail ! Un modeste  pique-nique calmera nos fringales.. Heureusement le délicieux gâteau aux pommes de Michèle et quelques carrés de chocolat ont amélioré l’ordinaire !

Prêts pour la randonnée !  Nous attendons notre guide.

Quelle surprise et quelle joie de voir arriver Béatrice rencontrée il y a deux ans lors d’un précédent séjour à Castelnau de Montmiral ! Elle nous entraîne  sur « le Sentier des  Oustalous ».

Témoins de la vie rurale au début du 19°, les oustalous, ces petits  abris en schiste ou en calcaire recouverts de toits de lauze ou de tuiles  servaient d’abris aux  cultivateurs et aux éleveurs :

l’oustalou de Lombard, un oustalou de vigne, l’oustalou de Clémentine, un entrepôt à outils pour le travail des champs… l’oustalou de Balsa coiffé d’un pigeonnier, un des plus grands oustalous de vigne aux murs en pisé recouverts d’un enduit à la chaux.

Une petite construction à un étage attire le regard… Le Secadou de la Lande, une bâtisse faite d’un mélange de terre et de pierre crépie à la chaux. C’est un séchoir à châtaignes, un « secador. On faisait un feu au rez-de-chaussée à même le sol ou dans un « escarabilhièr », fourneau sur quatre pieds… Bouses de vaches séchées ou résidus de charbon servaient de combustible. Le séchage des  fruits sur des claies en bois pouvait durer un mois… Les châtaignes étaient à la base de l’alimentation des hommes comme des bêtes. Jusqu’au 19°, certaines familles en consommaient plus d’une tonne par an.

Béatrice mentionne que le sol du Ségala est un sol pauvre, schisteux, acide où l’on n’a pu pendant très longtemps ne cultiver qu’une céréale peu exigeante, le seigle, le segal en languedocien. Le Segala, la terre à seigle.

Elle précise que la région souffrait d’une  grande pauvreté économique dont elle n’a pu sortir qu’au début du 20° grâce, notamment,  à la construction du Viaduc du Viaur. Inauguré en 1902, ce pont ferroviaire a permis d’acheminer massivement la chaux  depuis les mines et les fours des Causses voisins ou de Carmaux. L’apport d’amendements minéraux, le chaulage,  a modifié la structure des  terres  et a  rendu possible l’implantation des cultures plus exigeantes comme le blé, le mais et les prairies temporaires.  Cette nouvelle richesse fourragère a facilité le développement du célèbre élevage bovin de la région, aujourd’hui reconnu par IGP et le label rouge « Veau d’Aveyron et du Segala « .

Suivons le sentier… Une vache limousine nous honore de sa présence… Chaque pierre semble garder une part du mystère des  hommes… un autre oustalou abandonné dans un bosquet, un amoncellement de lauzes de schiste soigneusement taillées  en suivant le plan de schistosité, … l’oustalou de Platon, …et, le plus éloigné du village, l’oustalou de Carles,  l’abri où les paysans prenaient le repas  de midi : souvent,  en particulier lors des fenaisons, ils ne rentraient pas chez eux se restaurer.

Prenons le sentier de la Lande où seul le craquement des feuilles brunes  des châtaigniers trouble le silence.

Tout au long de la balade, Béatrice nous fera partager ses connaissances en botanique mais n’arrivera pas à convaincre certains récalcitrants de la qualité nutritionnelle et gustative des mûres, des cynorrhodons  ou des prunelles… Là, se dressent trois pieds de phytolaque. Plus connue sous l’appellation « raisin d’Amérique, la plante est classée EEE. Espèce Exotique Envahissante …  Personne ne goûtera ses grains grenats…

Le chemin s’égare au milieu  des champs de chaume… Nous terminons notre périple aux pieds des anciens fossés de Pampelonne comblés  au début des années 1900…

Quelques  kilomètres nous séparent de notre lieu d’hébergement implanté à  Cap’ Découverte,  un vaste pôle de loisirs aménagé sur le site de l’ ancienne mine de charbon à ciel ouvert.   Un certain calme s’ installe dans le car pendant  le trajet… Aurions-nous besoin de repos après le voyage ?   Dès le lendemain matin tout signe de fatigue était effacé et nous partions à Cagnac-Les-Mines visiter le musée départemental de la mine ouvert en 1989

Dès  la fermeture  du puits de mine de Campgrand, en 1985, le maire et 6 anciens mineurs prévoient la création d’un musée : 350 mètres de galeries sont creusés et un ensemble impressionnant de machines et d’outils de la mine est regroupé.  Partons les découvrir !

Nous aurons la chance d’être guidés par Monsieur Garcia, un ancien mineur de fond, membre de l’association de l’ASPICC, l’Association de Sauvegarde du Patrimoine Industriel Carmaux Cagnac.

Commençons par l’histoire du bassin minier de Carmaux-Blaye les Mines ! Un lourd passé ouvrier !

Dès le 13°, des paysans découvrent des affleurements de houille, le « carbo de peira »qu’ils extraient en creusant des tranchées peu profondes. Ils exploitent leurs propres terrains de façon individuelle et saisonnière. Le charbon  sert d’abord au chauffage domestique et l’excédent est acheminé vers les marchés voisins. A cette époque, des taxes sur le charbon de terre transporté à dos de mulets étaient prélevées pour le franchissement du pont d’Albi.

Il faudra attendre plusieurs siècles avant l’arrivée de l’industrialisation dont les prémices apparaissent à  la création  en 1752 de La Compagnie minière de Carmaux, l’une des premières compagnies minières de France. Sous son impulsion, les mines se développent progressivement.

Quelques repères historiques distillés par Mr Garcia tout au long de la visite.

1806, 18 mineurs à Carmaux.

1811, introduction de la première machine à vapeur dans les mines de Carmaux.

1834,  l’arrivée de wagonnets sur rail.

1856-1857,  la construction de la voie de chemin de fer Carmaux-Albi.

1860, 1000 mineurs à Carmaux.

1874, deux nouvelles fosses améliorent l’exploitation et augmentent le rendement.

1883, le bassin emploie plus de 2000 mineurs.

1892, Entre août et septembre 1892, la grève des 2000 mineurs manifestant leur opposition face au licenciement d’un ouvrier mineur syndicaliste, a eu un retentissement national. Jean Jaurès, à cette époque jeune philosophe, ancien député républicain du Tarn, mettra son éloquence au service des grévistes  et remontera les revendications des mineurs jusque dans les plus hautes sphères de l’état à Paris. Le conflit ne cessa qu’à la réhabilitation de Jean-Baptiste Calvignac. La démission du directeur des mines, le marquis Ludovic de Solages, député monarchiste, entraîna l’organisation d’une élection législative partielle  dans le Tarn en janvier 1893. Porté par les mineurs reconnaissants, Jean Jaurès est élu député. C’est le début de son ancrage au parlement en tant que grand leader du socialisme français.

1949, la mine emploie 4300 personnes…

Mais la découverte de puits de pétrole au Sahara, la montée en puissance de l’énergie hydroélectrique et les premières centrales nucléaires concurrencent le charbon..

Les fermetures des puits se succèdent : 1969, 1973, 1979.

1980, en visite à Carmaux, François Mitterand promet la relance de l’industrie charbonnière française.  Mais aucune mesure ne sera prise après son élection en 1981 …

1987, fermeture du dernier puits souterrain en activité dans le bassin houiller de Carmaux, le puits de la Tronquié.

La transition vers l’exploitation de la mine à ciel ouvert de la Grande Découverte a provoqué de vives tensions. La mine sera fermée le 30 Juin 1997. Il reste aujourd’hui une énorme entaille de un kilomètre de circonférence et 300 Mètres de profondeur. C’était la plus grande mine à ciel ouvert d’Europe !

Jaurès a activement défendu les mineurs  dans les colonnes de « La dépêche » puis de  « L’humanité », journal  qu’il  crée en 1904 . II utilise son quotidien  comme tribune pour théoriser le droit de grève estimant  que ces révoltes sociales devaient être à la fois légales, organisées et efficaces pour servir l’émancipation de la classe ouvrière.

Découvrons  le quotidien des mineurs!  Casqués, nous voilà transformés en mineur de fond prêts à l’exploration…

Le chevalement d’un puits  permet d’observer  la cage « de jour », la cage « du fond » étant 230 mètres plus bas : elle descendait  huit mineurs à la vitesse de 6m/s… Nous traversons la salle des machines où le « machineur » était aux commandes de la cage ; des graduations guident le déplacement des deux cages… Un escalier conduit à la « lampisterie » :  en 1950, la lampe frontale remplace la lampe à carbure.  En prenant leur lampe, avant de monter dans la cage et descendre dans les galeries, le mineur prenait un petit jeton, « le fantôme » , permettant le comptage … Indice primordial lors des recherches lors d’un accident !

Hésitants, nous empruntons quand même cet « ascenseur » : dans un grincement angoissant, à une vitesse impressionnante,  il descend  jusqu’à l’entrée d’une galerie…Sains et saufs !  Une petite vidéo apporte un éclairage à la fois technique et social sur sept siècles d’histoire charbonnière.

Jusqu’au début du 20°, les mineurs travaillaient la plupart du temps sans véritable protection respiratoire efficace inhalant la poussière de charbon  et surtout de silice. L’introduction des perforatrices mécaniques et des marteaux piqueurs dans les années 1920 a fait exploser les cas de silicose, une maladie incurable et mortelle, reconnue maladie professionnelle en 1945.

Monsieur Garcia mentionne qu’en 1946, lors de la création des « Charbonnages de France », les mines de Blaye sont nationalisées et intégrées au sein des Houillères du Bassin d’Aquitaine. A partir de cette date, l’utilisation des masques de protection par les mineurs de fond est marquée par un tournant législatif majeur, bien que son application pratique sur le terrain ait été particulièrement difficile et rejetée.

Avançons dans la galerie par ce petit couloir aux parois chaulées.  Sur la droite, l’arrivée de l’appareil élévateur transportant les chevaux utilisés pour la traction  des wagonnets le long des galeries souterraines depuis les chaussées d’abattage jusqu’aux puits d’extraction. Comme dans la plupart des bassins miniers français, ces équidés ont joué un rôle crucial dans l’exploitation du charbon jusque dans les années 1950,  date de la modernisation, de la motorisation et de l’arrivée des locomotives électriques. Les animaux, pouvant tractés jusqu’à 500 kgs, sélectionnés du cheval de trait au poney selon le gabarit des galeries,  restaient parfois longtemps au fond de la mine… Parfois, ils y étaient même ferrés. Il fallait les nourrir. Monsieur Garcia note avec humour  le désagrément provoqué par le stockage du blé …l’invasion incontrôlée de rats et souris… Un seul traitement radical pour lutter contre ces prédateurs, amener des chats dans les galeries…

Plus sérieusement, notre guide attire notre attention sur le travail de boisage d’une galerie. Il affirme qu’être mineur de fond, » ça se choisit… ça prend 5 ans ….  entendre le bruit et le bois de sapin qui travaille ».

– »Bien sûr que ce n’est pas facile comme profession. Etre mineur de fond, c’est avant tout la solidarité. Quand on descend, il n’y a plus de politique, de religion. On est tous unis. Notre vie, elle est entre les mains des copains. »

Il précise que les femmes ne travaillaient pas au « fond »» des mines. Elles étaient principalement employées à « un travail de jour « sur le site d’exploitation, « les carreaux de fosse », notamment dans la laverie et les zones de triage, de lavage et de criblage du charbon pour séparer le charbon des impuretés. Elles  ont également occupé des fonctions  dans les services annexes essentiels au fonctionnement de l’ensemble minier. La loi du 19 mai 1874 a officiellement interdit le travail des femmes et des jeunes filles à l’intérieur des galeries souterraines.

Au 19°, avant toute réglementation, des enfants parfois âgés de 8 ou 9 ans, « les galibots » travaillaient dans l’exploitation minière. A partir de 1946, l’embauche avant 14 ans est totalement interdite… A cette époque, l’école des mineurs de Blaye-les-Mines ouvre ses portes: dès 14 ans les jeunes peuvent y suivre un apprentissage théorique et pratique sécurisé et passer le CAP  de  mineur…

Mr Garcia  précise que les accords de Grenelle  de mai 1968  ont revalorisé le statut des mineurs et maintenu leurs avantages sociaux, en particulier le logement et le chauffage gratuit en charbon.

Rentrons dans une galerie  identique à celle de 1940 où régnait à l’époque une température de 35 degrés.. Assourdis par le déclenchement d’un des trois ventilateurs censés aérer les lieux, nous imaginons avec empathie les conditions de travail :  aux bruits des machines et  des exploseurs, les « Marmottes » en langage minier, à la  poussière, a l’humidité s’ajoutent les cadences de travail,( 6 tonnes par jour et par personne) et  la crainte d’une inondation  ou du coup de grisou dans la galerie.

Le 24 Novembre 1965, le tragique accident au puits de la Tronquié  a fait 12 victimes. Provoqué par un tir d’explosifs , il a été amplifié par la poussière de charbon…Une animation simule un coup de grisou et un feu de poussière brûlant tout sur son passage. Une reconstitution saisissante montre la destruction une fois le souffle de l’explosion passé.

Toujours avec le même enthousiasme, passant de la pénibilité d’extraire les roches à la dynamite au déblaiement, du remblayage à l’envoi des wagons ou à la description détaillée de leurs gamelles et musettes toutes réalisées par le forgeron de Blaye, notre guide  précise l’allègement des tâches apporté à partir de l’utilisation de machines modernes équipées de vérins hydrauliques qui attaquent la veine, soutiennent le toit et, à l’arrière, comblent avec des roches de la galerie exploitée. Une mécanisation  suivie  d’une augmentation sensible de la production.

Quelques marques de la vie souterraine: accroché à la parois, un téléphone…il y en avait un tous les 25 mètres pour avertir le « porion », le contre-maître, en cas de problème… Une « bicyclette » rudimentaire utilisée pour se déplacer le long de la galerie  en bousculant parfois « le copain », un clin d’oeil à l’optimisme et à l’esprit taquin des mineurs malgré le dur rituel de leur métier.

Le puits de Campgrand est inscrit au titre des monuments historiques depuis le 7 décembre 1993. Il offre une découverte des conditions de vie des mineurs de charbon, un plongeon dans la vie quotidienne des « gueules noires ». Un  hommage vibrant à tous ces hommes  rendu particulièrement sensible grâce à l’intervention de Monsieur Garcia que nous remercions chaleureusement…

Les caprices du temps modifie le programme. En attendant que le soleil daigne faire son apparition, deux membres l’ASPICC  nous proposent la projection d’ un film retraçant l’« expédition » d’une trentaine de mineurs tarnais envoyés en 1987 à Chora, à 170 kilomètres de Clacutta,  une exploitation minière du Bengale-Occidental. Leur mission principale consistait à exporter et enseigner un savoir faire technologique très spécifique appelé la méthode des » chambres soutirées », une méthode très efficace développée et perfectionnée au sein du bassin minier tarnais ; durant près de trois ans ces mineurs ont formé le personnel indien à la modernisation de leurs structures souterraines.

Nous les suivons  dans leurs tribulations indiennes …du transport délicat du coffret anti-déflagrant à la découverte des traditions locales, du creusage des galeries à la mise aux normes du matériel,  des festivités organisées lors d’un mariage au banquet de la Sainte Barbe, la  sainte patronne des mineurs, le seul jour où la mine ne fonctionne pas.

Une aventure humaine inoubliable… qui a notamment permis à la l’Inde de déposer le brevet de la technique tarnaise.

Et le soleil s’est levé. Nous partons arpenter les sentiers  à la découverte du Parc des Titans. Un retour d’une vingtaine d’années en arrière ! Comment ne pas être impressionné par la taille démesurée de ces engins !  Déambulons  entre ces géants d’acier dans un cadre curieusement attrayant malgré l’état  délabré des engins.  Nos guides déploieront tous leurs efforts pour nous expliquer fonctionnements et qualités des machines : camions gigantesques,  pelles, pelleteuses capables d’engloutir notre groupe d’un seul coup de godet…, des dumpers, la sauterelle, un convoyeur à charbon avec ses tapis roulants, et, la plus impressionnante, l’excavatrice à godets avec sa roue pour attaquer la colline : 30 mètres de haut !  On ne peut que regretter la détérioration graduelle de ces colosses.

Un lieu figé hors du temps !

Le chemin ramène à l’hôtel.  Le repas terminé, personne ne s’attarde autour de la table…Il faut être en forme pour randonner demain.

Au petit matin,  une écharpe de brume s’étire sur les collines… Béatrice, notre guide nous rejoint. Son optimisme ne dynamise pas trop les troupes, mais nous partons vers la vallée du Viaur. Un petit chemin caillouteux descend vers le pont du Viaur : ce bel ouvrage nous attend…sous la pluie.  Une urgence s’imposait avant d’écouter les commentaires passionnants de Béatrice,  enfiler ponchos et guêtres… Quelques contorsions pour nous « déguiser » en randonneurs aguerris…et nous voilà prêts pour l’aventure…

Edifié  entre 1895 et 1902,  classé  au titre des monuments historiques le 28 décembre 2021, l’ouvrage d’art ferroviaire franchit  la profonde vallée du Viaur entre Albi et Rodez. Cette remarquable réalisation métallique inaugurée le 5 octobre 1902 est l’oeuvre de l’ingénieur Paul Bodin, ingénieur à la société des Batignolles.

Des poutres d’acier, des arches reliées par un million de rivets s’élèvent à 116 mètres de hauteur et s’étendent sur une longueur de 460 mètres. C’est le seul pont de ce type en France  utilisant le système de poutres porte-à-faux articulées (arcs équilibrées). Le viaduc est le dernier chantier de Jean Compagnon, débauché de chez Eiffel par Paul Bodin, décédé le 17 novembre 1900 avant la fin des travaux…

Le projet Paul Bodin était d’une telle ingéniosité qu’il fût longtemps le seul au monde et encore aujourd’hui en France. La réputation de l’ingénieur dépassa nos frontières et fût à l’origine d’une étroite collaboration avec la Chine et de l’élaboration du projet de construction du viaduc du « Faux  Namti, dit « Pont aux Arbalétriers » situé dans la province du Yunnan. La construction a été réalisée entre mars 1907 et décembre 1908 .

Les murs du petit abri où nous avons trouvé refuge sont tapissés de photos retraçant les nombreuses réunions préparatoires au jumelage signé en 2019 entre la commune de Tanus et la ville chinoise de Pingblan.  La sculpture inédite de Casimir Ferrer matérialise l’alliance officialisant le lien créé par l’ingénieur Bodin il y a plus d’un siècle.

Malgré la pluie, des courageux décident d’emprunter la pente escarpée qui court vers les berges du Viaur, cette petite rivière de 87 kilomètres née dans l’Aveyron au pied du Pic du Pal à 1090 mètres d’altitude. Une éclaircie, le temps d’une pause et d’admirer l’apparente légèreté  du viaduc posé sur les flacs de la vallée, d’être émerveillés par son harmonie. Une dentelle aérienne !

Le sentier des Planques longe le cours d’eau, la frontière naturelle entre Tarn et Aveyron. Notre intarissable guide transformée en Petit Chaperon dans  sa volumineuse cape rouge conte l’histoire du vieux Tanus, un village  d’abord blotti dans la vallée où les Tanussiens et les Tanusiennes cultivaient vigne, pommes, prunes, noyers et châtaigniers et élevaient des animaux… Au fil des siècles, le chef lieu de la commune a été progressivement transféré sur le plateau où les travaux de culture étaient plus aisés.

De l’autre côté de la rivière, sur la rive aveyronnaise, quelques silhouettes apparaissent… Tiens donc ! L’autre partie du groupe abandonnée tout à l’heure ! Un amical bonjour…et nous repartons. De nombreux moulins ponctuent l’itinéraire.  Le chemin s’orne de haies enveloppées de lianes aux couleurs d’automne.   Dissimulé dans l’abondante frondaison, le viaduc de Millau dresse ses prestigieux haubans.

– »Un passage devant la » maison des chats » !, annonce Béatrice. Curieusement nous ne verrons qu’une colonie de félins squatteurs d’une vieille bâtisse !

Il faut cheminer d’une allure discrète pour ne point effrayer cet univers heureux… Là, un martin- pêcheur fuit à notre approche. Charmés par le calme et la douceur du chant de la rivière nous oublions les quelques gouttes de pluie…

– « Regardez et écoutez » disait Jean Jaurès

Voici le pont de pierre du vieux Tanus, un des trois passages pour franchir le Viaur sur la route Toulouse-Rodez: au XVIII°, il assurait le gros du trafic entre le Rouergue et l’Albigeois.

Continuons sur ce chemin  tapissés de pervenches et de fougères naissantes aux crosses  vert tendre.

Peu à peu, l’herbage fait place à la châtaigneraie.  Au détour d’un chemin nous retrouvons le groupe « des petits marcheurs » et arrivons ensemble à  l’église romane de « Las Planques ».   Accrochée sur son promontoire rocheux surplombant un méandre encaissé du Viaur, elle semble défier le temps.  Telle une forteresse, elle dresse fièrement son clocher donjon tout comme un guetteur qui scrute la vallée et son immensité.  Construite entre le XI° et XIII°, la chapelle, témoignage de l’art roman méridional, doit son nom à la construction au XII° d’un pont en planches, »las plancas » reliant Tanus à Pampelonne quand pouvoir féodal et ecclésiastique se disputaient le contrôle des lieux de passage.

Une fresque évangélique datant du XVII° orne le choeur  : bien que ces ornements soient aujourd’hui très dégradés par l’humidité et le temps, ils constituent les derniers vestiges de l’église.

Occupée par les Anglais en 1381, vidée de son mobilier en1860,  victime d’éboulements en 1885 ,partiellement détruite par un incendie  en 1935,  la chapelle,  aujourd’hui classée monument historique,  a été restaurée en 1943 par une entreprise destinée au STO .

Empruntons le chemin de Candie, l’itinéraire de cette jeune aveyronnaise arrivée aux Planques en 1882  pour épouser le sabotier.  La chapelle, prieuré de la célèbre abbaye bénédictine de Conques, était autrefois le centre du village.   Descendons vers la rivière. Seuls quelques murs délabrés témoignent qu’autrefois une vingtaine de maisons  occupaient cet univers sauvage et mystérieux.  Un vieux chêne tors, fourbu de vieillesse, semble veiller sur les vestiges : là, le four où cuisaient le pain et parfois le fameux pastis à la pomme reinette, « la Blanche de Tanus « , ici, le puits creusé dans la roche à la barre mine… à l’eau dite miraculeuse…

Au bout du sentier aux herbes glissantes, la passerelle Claude-Rivenq enjambe le Viaur. Remontons « le rapatel »,  comme aurait dit Candie. Jetons un regard morose sur  la tombe du sabotier, le dernier habitant du village décédé au début du XX° et prenons le chemin du retour.

Nous ne pouvions quitter Béatrice sans lui offrir «  le pot de l’amitié ». Nous décidons un arrêt au café de Tanus.  La tenancière a accueilli cette envahissante cohorte bruyante avec un regard où stupeur et angoisse étaient facilement décelables : s’asseoir s’avéra d’abord un exercice périlleux, le choix était pourtant vaste entre chaises cassées et banc instable… La sélection des collations chaudes ?  Réduite au café ! Mais le luxe, une vitrine réfrigérée  contenait jus d’ananas et d’abricot. Heureusement Béatrice et Pascal se sont improvisés commis de bar et ont assuré avec virtuosité un service parfait.  Un moment d’anthologie dans un décor où le modernisme ne semblait pas avoir altéré le charme vieillot  d’un bistrot d’autrefois !

Le lendemain, Corinne guidera notre ballade  au coeur de la charmante cité millénaire de Monestiés. Dans un paysage verdoyant et vallonné,  nous découvrons, lové dans une boucle du Cérou, le village médiéval , labellisé « plus beaux villages de France.

Le nom de village « Monasterio » apparaît pour la première fois dans les textes dès la première moitié du Xe siècle. Il rappelle l’appartenance monastique, peut-être aussi l’existence d’un petit monastère construit pour abriter quelques moines chargés du culte. La présence d’un oppidum sur les collines environnantes atteste d’une présence humaine dès l’époque romaine.

En 1229, à la fin de la Croisades des Albigeois, le site devient le fief des évêques d’Albi. Au fil des siècles, le village se développe autour de l’église Saint-Pierre.

Au XIIIe siècle, un hôpital est construit en dehors des fortifications pour abriter les pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle. L’église  Saint-Pierre est reconstruite en 1550  sur les fondations de l’ancienne église romane : elle appartient au groupe des édifices gothiques méridionaux. Ces modifications architecturales se traduisent par un changement d’orientation de l’édifice. Le christ en croix du XIVe, un imposant retable baroque et un reliquaire récemment restauré  ornent l’intérieur de l’édifice religieux. Sous le porche, se dresse une croix de chemin d’époque médiévale : à l’origine elle pivotait sur un fût : elle était destinée à protéger les cultures, lorsque l’orage menaçait, les paysans tournaient la vierge vers les nuages chargés de pluie et de grêle pour les éloigner…

Au XVIIIe, sous l’impulsion de l’essor économique régional, le village se développe essentiellement autour du tissage du chanvre et du commerce des ânes. Pour permettre son extension, les douves sont comblées et les remparts détruits. On comptait alors 23 marchands et 13 marchés par an.

Au XIXe siècle, l’arrivée de cotonnades importées et le développement de la production du charbon dans le bassin de Carmaux vont faire péricliter les tisserands locaux et amener le déclin du village.

Déambulons le long des pittoresques ruelles bordées de vieilles maisons à encorbellements et colombages datant pour la plupart de la fin du Moyen-Age et de la Renaissance, et, certaines du XVIIe siècle. La rue du château nous amène à la porte de Candèze, l’une des trois portes de la ville. La promenade,« Les Lices », longe les anciens remparts  et offre une perspective sur des façades de maisons anciennes intégrées à la structure défensive. En contre bas,  sur un mur, des repères marquent les crues historiques du Cérou, celle de mars 1930 et décembre 1981.

Nous traversons le pont de Candèze datant de la période romane emprunté par les pèlerins de St Jacques et suivons  le sentier  botanique : il serpente en suivant le cours d’eau parmi les jardins potagers et nous amène au pont de Groc protégeant jalousement  son ancien moulin à eau des caprices de la rivière. Nous voilà  place de la mairie, au coeur du village, un village à l’âme d’artiste . Il a  particulièrement inspiré un couple de créateurs espagnols exilé dans le Tarn, Francisco Bajén, « le peintre du Silence », et Martine Vega, « la dompteuse de couleurs ». Leur demeure, une ancienne seigneuriale du XV°, villégiature d’évêque au XVIII° siècle, aujourd’hui aménagée en musée , regroupe leurs œuvres.

 

Passons devant la fontaine du Griffoul  et le poids public de la place du foirail et arrivons à la chapelle de l’ancien hôpital accueillant autrefois les pèlerins de Saint Jacques de Compostelle, la chapelle Saint Jacques. Elle abrite le joyau de la cité :  un ensemble statuaire remarquable représentant les dernières scènes de la passion du Christ, un chef d’oeuvre de l’art méridional occitan.

Commandée au XVe siècle  par Louis I° d’Amboise, évêque d’Albi, cet ensemble décorait initialement la chapelle du château de Combefa, résidence d’été des évêques d’Albi. Lorsque le château est abandonné, au XVIIIe siècle, les habitants de Monestiés se mobilisent et obtiennent l’autorisation de déplacer l’ouvrage et les stalles à la chapelle Saint Jacques…

Sculptées dans la pierre calcaire, les statues polychromes impressionnent par leur taille grandeur nature.  Les personnages sont d’un réalisme surprenant, très novateur pour cette période 1490 : la finesse des visages traduisant douleur et compassion, la posture, le drapé des vêtements, chaque élément raconte la Passion du Christ, la Crucifixion, la Piéta et la mise au tombeau.  Une œuvre unique en Europe datant de 1490 !

 

Dernière étape avant notre retour dans le Gers, le domaine Gayrard installé depuis plus de cinq siècles à l’orée des Causses du Quercy.

En 2013, Pierre reprend les douze hectares de l’exploitation familiale et cultive avec soin les cépages autochtones du gaillacois, Mauzac, Loin de l’oeil, Ondenc… Le domaine est conduit  entièrement en agriculture biologique et biodynamie.

Réunis dans le chai, nous écoutons attentivement Philippe, un des  gestionnaires du domaine. Il détaille les différents procédés de vinification utilisés pour les vins rouges et les vins blancs et précise que les types d’élevages sont variés et sont choisis en fonction du cépage et du profil de vin recherché, des cuves, inox ou béton, aux foudres, des  barriques aux amphores. Un escalier amène à l’ancienne étable transformée en cave où sont entreposées cuves et barriques :   la température et  la remise à niveau régulière pour compenser l’évaporation, « l’ouillage », réclament une surveillance assidue.

Conditions climatiques, nature du sol, vendanges à la main confèrent aux vins de ce domaine  leur caractère identitaire et leur qualité.

Pour connaître les saveurs du terroir, une seule méthode semblait s’imposer ! Les goûter ! Partons « trinquer » ! Certains seront séduits par le blanc, d’autres par le rouge et ils seront nombreux à repartir avec quelques « échantillons » …

Le vignoble de cette grande exploitation viticole s’étale sur les pentes baignées par les longs rayons du soleil. A l’approche de l’automne, les sarments se colorent de tâches de rousseur. Un paysage enchanteur aux teintes douces qu’on contemplerait à loisir… Mais le jour avance … et dit qu’il faut partir.

Déjà la fin de notre périple dans le Ségala.

Merci à Anne et Maryse de nous avoir concocté un  programme alliant  balades et découvertes d’un riche patrimoine dans cette région surnommée le « Pays des cent vallées » …

     Ch. D.

Galerie 1 : Pampelone :

Galerie 2 : la mine

Galerie 3 : Parc des Titans

Galerie 4 : Journée randonnée

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Galerie 5 : Monestié

Galerie 6 : Chapelle Saint Jacques

Galerie 7 : Domaine Gayrard

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