J’ai lu ; je lis : JOSEPH DELTEIL : la Deltheillerie

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Qui connaît JOSEPH DELTEIL aujourd’hui. ?     

   Partageons quelques lignes de cet écrivain languedocien célébré voilà cent ans à Paris et retourné humblement au pays.
«  Aujourd’hui c’est CHOLERA qui passe pour mon grand livre. Dans ma jeunesse il y en avait deux : SUR LE FLEUVE AMOUR, le coup d’éclat, le départ en fanfare; et JEANNE D’ ARC, le chef d’oeuvre, l’apogée. » 
                 1925 fut pour moi la grande année, le millésime. L’année de JEANNE D’ARC et l’année de la REVUE NEGRE.   On a peine à imaginer aujourd’hui le coup de tonnerre que ce fut, les deux coups de tonnerre. Elle faisait fureur cette REVUE NEGRE. Le Tout-Paris, et tout Paris, accourait chaque soir au théâtre des Champs-Elysées. Non seulement le grand public, mais la jeunesse littéraire, les grands artistes. Cocteau en tête, qui l’alla voir cinq ou six fois d’affilée…Il faut dire que cette revue pullulait d’étoiles: en tête bien sûr Joséphine Baker, une négresse de tous les diables, mais aussi Sidney Bechet, des décors prodigieux.
Mais où est l’auteur?  Qui avait ramassé à New-York cette trentaine de Noirs, de Négresses, emmené tout çà à Paris, qui avait inventé le texte, monté le spectacle, où est l’auteur?  Une espèce de miss, disait-on, une jeune américaine dans le vent, qui se nommait Caroline Dudley.       Qui m’eut dit que cette étrange miss deviendrait un jour ma femme, princesse de Chicago et vicomtesse de Pieusse.?
Etais- je mariable, je veux dire récupérable par la société de l’amour?  Je devais faire un drôle de garçon, un tantinet gauche et godiche.
D’autres couples sont plus glorieux sans doute, car c’est le temps des couples artistiques. il y en a une jolie brochette : Sartre / Simone de Beauvoir, Aragon / Elsa, Jouhandeau / Elise, Delaunay /Sonia.
  Joignons-y en queue de liste le couple Delteil / Caroline.
 
Tel est notre mariage, mariage providentiel s’il en fut.  Des épousailles de contrastes, des noces d’antithèses, des embrassements d’antipodes, le mariage le plus absurde, le plus acadabrant, le plus fou du monde : bref le mariage parfait.  Où, structure et détail, s’accouple et se conjoint par ses contraires, ses plaies et bosses, mortaises et tenons, goujons et bittes, un puzzle où tout se goupille et s’imbrique et s’emboîte et s’emmanche et s’ancre à merveille et s’épouse comme des époux; un ajustage au plus juste de deux phénomènes.   Mariés ? Le mot m’importune depuis « Les mariés de la tour Eiffel » , je préfère « Appareillés » , une paire humaine comme une paire de boeufs, deux pairs dans la civilisation. »
                                                                            De JOSEPH DELTEIL   : LA DELTHEILLERIE      Grasset’éditeur. 
 
 
 
 

 

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