{"id":16406,"date":"2026-08-31T17:33:09","date_gmt":"2026-08-31T15:33:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rabelais32.org\/?p=16406"},"modified":"2026-08-31T17:34:49","modified_gmt":"2026-08-31T15:34:49","slug":"amok-stefan-zweig-jai-lu-je-lis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.rabelais32.org\/index.php\/2026\/08\/31\/amok-stefan-zweig-jai-lu-je-lis\/","title":{"rendered":"AMOK Stefan ZWEIG : J&rsquo;AI LU&#8230;..JE LIS"},"content":{"rendered":"<p><em>En gare d\u2019Antibes sur une \u00e9tag\u00e8re \u00e0 disposition des voyageurs, je choisis ce livre pour m\u2019accompagner \u00e0 Auch. Notre train ayant \u00e9t\u00e9 annul\u00e9 pour cause de canicule, il nous fallut prendre 4 trains r\u00e9gionaux successifs pour rejoindre la Gascogne, une petite douzaine d\u2019heures. Ce petit ouvrage fut une belle d\u00e9couverte, son \u00e9criture me ravit.<\/em> <em>Un jeune m\u00e9decin raconte comment, dans la jungle malaise, sa vie a bascul\u00e9 en quelques instants, comment une jeune femme jusque-l\u00e0 inconnue a d\u00e9cha\u00een\u00e9 en lui l&rsquo;amour et la<\/em> <em>folie .<\/em><\/p>\n<p>MC R<\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>AMOK Stefan ZWEIG<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.rabelais32.org\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/amok4.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-16410 alignright\" src=\"https:\/\/www.rabelais32.org\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/amok4-189x300.jpg\" alt=\"\" width=\"175\" height=\"278\" srcset=\"https:\/\/www.rabelais32.org\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/amok4-189x300.jpg 189w, https:\/\/www.rabelais32.org\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/amok4.jpg 500w\" sizes=\"auto, (max-width: 175px) 100vw, 175px\" \/><\/a>Lorsque je me r\u00e9veillai, tout \u00e9tait sombre et moite dans le petit cercueil qu\u2019\u00e9tait ma cabine. Comme j\u2019avais arr\u00eat\u00e9 le ventilateur, l\u2019air gras et humide br\u00fblait mes tempes. Mes sens \u00e9taient comme assoupis\u00a0: il me fallut plusieurs minutes pour reconna\u00eetre le moment et l\u2019endroit o\u00f9 j\u2019\u00e9tais. Il \u00e9tait, \u00e0 coup s\u00fbr, plus de minuit d\u00e9j\u00e0, car je n\u2019entendais ni la musique, ni le glissement continuel des pas. Seule la machine, c\u0153ur essouffl\u00e9 du L\u00e9viathan, poussait toujours, en haletant, la carcasse cr\u00e9pitante du navire vers l\u2019invisible.<\/p>\n<p>Je montai sur le pont en t\u00e2tonnant. Il \u00e9tait d\u00e9sert. Et, comme je levai mon regard vers la tour fumante de la chemin\u00e9e et vers les m\u00e2ts dress\u00e9s tels des fant\u00f4mes, une clart\u00e9 magique m\u2019emplit brusquement les yeux. Le firmament brillait. Autour des \u00e9toiles qui le piquaient de scintillations blanches, il y avait de l\u2019obscurit\u00e9, mais malgr\u00e9 tout, le ciel \u00e9tincelait. On e\u00fbt dit qu\u2019un rideau de velours \u00e9tait plac\u00e9 l\u00e0, devant une formidable lumi\u00e8re, comme si les \u00e9toiles n\u2019\u00e9taient que des fissures et des lucarnes \u00e0 travers lesquelles passait la lueur de cette indescriptible clart\u00e9. Jamais je n\u2019avais vu le ciel comme cette nuit-l\u00e0, d\u2019un bleu d\u2019acier si m\u00e9tallique et pourtant tout \u00e9clatant, tout rayonnant, tout bruissant et tout d\u00e9bordant de lumi\u00e8re., d\u2019une lumi\u00e8re qui tombait comme voil\u00e9e, de la lune et des \u00e9toiles, et qui semblait br\u00fbler, en quelque sorte, \u00e0 un foyer myst\u00e9rieux. Comme une laque blanche, toutes les lignes du navire brillaient cr\u00fbment au clair de lune, sur le velours sombre de la mer ; les cordages, les vergues, tous les apparaux, tous les contours disparaissaient dans cette splendeur flottante : les lumi\u00e8res de m\u00e2ts et, plus haut encore, l\u2019\u0153il rond de la vigie\u00a0 semblaient suspendus dans le vide, comme de p\u00e2les \u00e9toiles terrestres parmi les radieuses \u00e9toiles du ciel.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.rabelais32.org\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/amok3.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-16409 alignleft\" src=\"https:\/\/www.rabelais32.org\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/amok3-300x300.jpg\" alt=\"\" width=\"261\" height=\"261\" srcset=\"https:\/\/www.rabelais32.org\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/amok3-300x300.jpg 300w, https:\/\/www.rabelais32.org\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/amok3-150x150.jpg 150w, https:\/\/www.rabelais32.org\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/amok3.jpg 500w\" sizes=\"auto, (max-width: 261px) 100vw, 261px\" \/><\/a>Pr\u00e9cis\u00e9ment, au-dessus de ma t\u00eate, la constellation magique de la Croix du Sud \u00e9tait fix\u00e9e dans l\u2019infini, avec d\u2019\u00e9blouissants clous de diamant, et il semblait qu\u2019elle se d\u00e9pla\u00e7\u00e2t, alors que c\u2019\u00e9tait le navire seul qui cr\u00e9ait le mouvement, lui qui, se balan\u00e7ant doucement, la poitrine haletante, montant et descendant comme un gigantesque nageur, se frayait son chemin au gr\u00e9 des sombres vagues. J\u2019\u00e9tais debout et je regardais en l\u2019air\u00a0: j\u2019avais l\u2019impression d\u2019\u00eatre dans un bain, o\u00f9 de l\u2019eau chaude tombe sur vous d\u2019en haut, avec cette diff\u00e9rence qu\u2019ici c\u2019\u00e9tait de la lumi\u00e8re qui coulait, blanche et ti\u00e8de, sur mes mains, qui m\u2019enveloppait doucement les \u00e9paules et la t\u00eate et qui, en quelque sorte, paraissait vouloir p\u00e9n\u00e9trer dans mon \u00eatre, car toute torpeur s\u2019\u00e9tait brusquement \u00e9loign\u00e9e de moi. Je respirais, d\u00e9livr\u00e9, en toute s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 et avec une volupt\u00e9 neuve, je savourais sur mes l\u00e8vres, comme un pur breuvage, l\u2019air moelleux, clarifi\u00e9 et l\u00e9g\u00e8rement enivr\u00e9 qui portait en lui l\u2019haleine des fruits et le parfum des \u00eeles lointaines. Maintenant, pour la premi\u00e8re fois depuis\u00a0 que j\u2019\u00e9tais \u00e0 bord, le pur d\u00e9sir de la r\u00eaverie s\u2019empara de moi, ainsi que cet autre d\u00e9sir, plus sensuel, qui me faisait aspirer \u00e0 livrer, comme une femme, mon corps \u00e0 cette mollesse qui me pressait de toutes parts. Je voulus m\u2019\u00e9tendre, le regard tourn\u00e9 vers les blancs hi\u00e9roglyphes l\u00e0-haut, mais les fauteuils de repos, les chaises du pont \u00e9taient enlev\u00e9s, et nulle part, sur le pont promenade d\u00e9sert, il n\u2019y avait de place pour s\u2019adonner \u00e0 une calme r\u00eaverie.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.rabelais32.org\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/amok2.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-16408 alignright\" src=\"https:\/\/www.rabelais32.org\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/amok2-300x169.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"169\" srcset=\"https:\/\/www.rabelais32.org\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/amok2-300x169.jpg 300w, https:\/\/www.rabelais32.org\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/amok2.jpg 500w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>C\u2019est ainsi qu\u2019en t\u00e2tonnant je m\u2019approchai peu \u00e0 peu de la proue du navire, compl\u00e8tement aveugl\u00e9 par la lumi\u00e8re qui semblait tomber des choses, avec une vivacit\u00e9 toujours plus grande pour p\u00e9n\u00e9trer en moi. Cette lumi\u00e8re des \u00e9toiles, d\u2019une blancheur glac\u00e9e et d\u2019un \u00e9clat \u00e9blouissant, me faisait d\u00e9j\u00e0 presque mal\u00a0; mais je voulais m\u2019enfouir quelque part dans l\u2019ombre, m\u2019\u00e9tendre sur une natte, ne plus sentir en moi, mais simplement au-dessus de moi, ce rayonnement r\u00e9fl\u00e9chi par les choses, tout comme l\u2019on regarde un paysage de l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une chambre plong\u00e9e dans l\u2019obscurit\u00e9. Enfin, tr\u00e9buchant aux cordages et passant contre les \u00e9tais de fer, j\u2019atteignis le bordage et regardait la proue du navire s\u2019avancer dans l\u2019ombre, et la clart\u00e9 liquide de la lune jaillir, en \u00e9cumant, des deux c\u00f4t\u00e9s de l\u2019\u00e9peron, ou y avait-il seulement une lassitude, qui \u00e9tait comme une volupt\u00e9. Je voulais dormir, r\u00eaver quelques minutes\u00a0?<\/p>\n<p>Toujours cette charrue marine se relevait et s\u2019enfon\u00e7ait dans cette gl\u00e8be de flots noirs\u00a0; et dans ce jeu \u00e9tincelant, je sentais toute la douleur de l\u2019\u00e9l\u00e9ment vaincu, je sentais toute la joie de la force terrestre. Au sein de cette contemplation, j\u2019avais oubli\u00e9 le temps\u00a0: y avait-il une heure que j\u2019\u00e9tais ainsi contre le bastingage ou y avait-il seulement quelques minutes\u00a0? Au gr\u00e9 de l\u2019oscillation, le gigantesque berceau du navire me balan\u00e7ait et m\u2019emportait au-del\u00e0 du temps. Et je sentais seulement venir en moi une lassitude qui \u00e9tait comme une volupt\u00e9. Je voulais dormir, r\u00eaver, et cependant ne pas m\u2019\u00e9loigner de cette magie, ne pas redescendre dans mon cercueil. Involontairement, mon pied t\u00e2ta sous moi un paquet de cordages. Je m\u2019y assis, les yeux ferm\u00e9s, mais non remplis d\u2019ombre, car sur eux et sur moi rayonnait l\u2019\u00e9clat argent\u00e9. Au-dessous, je sentais l\u2019eau bruire doucement, et au-dessous de moi, avec une r\u00e9sonnance imperceptible, le blanc\u00a0 \u00e9coulement de ce monde. Petit \u00e0 petit, ce murmure s\u2019insinua dans mes veines, et je perdis la conscience de moi-m\u00eame\u00a0; je ne savais plus si cette haleine \u00e9tait la mienne ou si c\u2019\u00e9tait les battements du c\u0153ur lointain du navire\u00a0; j\u2019\u00e9tais emport\u00e9 et an\u00e9anti dans le murmure continuel du monde nocturne.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.rabelais32.org\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/amok-5.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-16411 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.rabelais32.org\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/amok-5-187x300.jpg\" alt=\"\" width=\"187\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.rabelais32.org\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/amok-5-187x300.jpg 187w, https:\/\/www.rabelais32.org\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/amok-5.jpg 353w\" sizes=\"auto, (max-width: 187px) 100vw, 187px\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En gare d\u2019Antibes sur une \u00e9tag\u00e8re \u00e0 disposition des voyageurs, je choisis ce livre pour m\u2019accompagner \u00e0 Auch. 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