{"id":16298,"date":"2026-06-17T09:03:21","date_gmt":"2026-06-17T07:03:21","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rabelais32.org\/?p=16298"},"modified":"2026-06-17T10:32:34","modified_gmt":"2026-06-17T08:32:34","slug":"extrait-de-voyage-au-bout-de-la-nuit-celine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.rabelais32.org\/index.php\/2026\/06\/17\/extrait-de-voyage-au-bout-de-la-nuit-celine\/","title":{"rendered":"Extrait de Voyage au bout de la nuit C\u00e9line"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><strong>Extrait de<em>\u00a0: Voyage au bout de la nuit, <\/em>de Louis-Ferdinand C\u00e9line<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.rabelais32.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/7189KCWxq1L._SL1000_.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-16299 alignleft\" src=\"https:\/\/www.rabelais32.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/7189KCWxq1L._SL1000_-216x300.jpg\" alt=\"\" width=\"180\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/www.rabelais32.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/7189KCWxq1L._SL1000_-216x300.jpg 216w, https:\/\/www.rabelais32.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/7189KCWxq1L._SL1000_.jpg 721w\" sizes=\"auto, (max-width: 180px) 100vw, 180px\" \/><\/a>Ces Allemands accroupis sur la route, t\u00eatus et tirailleurs, tiraient mal, mais ils semblaient avoir des balles \u00e0 en revendre, des pleins magasins sans doute. La guerre d\u00e9cid\u00e9ment, n\u2019\u00e9tait pas termin\u00e9e\u00a0! Notre colonel, il faut dire ce qui est, manifestait une bravoure stup\u00e9fiante\u00a0! Il se promenait au beau milieu de la chauss\u00e9e et puis de long en large parmi les trajectoires aussi simplement que s\u2019il avait attendu un ami sur le quai de la gare, un peu impatient seulement.<\/p>\n<p>Moi d\u2019abord la campagne, faut que je le dise tout de suite, j\u2019ai jamais pu la sentir, je l\u2019ai toujours trouv\u00e9e triste, avec ses bourbiers qui n\u2019en finissent pas, ses maisons o\u00f9 les gens n\u2019y sont jamais et ses chemins qui ne vont nulle part. Mais quand on y ajoute la guerre en plus, c\u2019est \u00e0 pas y tenir. Le vent s\u2019\u00e9tait lev\u00e9, brutal, de chaque c\u00f4t\u00e9 des talus, les peupliers m\u00ealaient leurs rafales de feuilles aux petits bruits secs qui venaient de l\u00e0-bas sur nous. Ces soldats inconnus nous rataient sans cesse, mais tout en nous entourant de mille morts, on s\u2019en trouvait comme habill\u00e9s.\u00a0 Je n\u2019osais plus remuer.<\/p>\n<p>Le colonel, c\u2019\u00e9tait donc un monstre ! \u00c0 pr\u00e9sent, j\u2019en \u00e9tais assur\u00e9, pire qu\u2019un chien, il n\u2019imaginait pas son tr\u00e9pas ! Je con\u00e7us en m\u00eame temps qu\u2019il devait y en avoir beaucoup des comme lui dans notre arm\u00e9e, des braves, et puis tout autant sans doute dans l\u2019arm\u00e9e d\u2019en face. Qui savait combien ? Un, deux, plusieurs millions peut-\u00eatre en tout ? D\u00e8s lors ma frousse devint panique. Avec des \u00eatres semblables, cette imb\u00e9cillit\u00e9 infernale pouvait continuer ind\u00e9finiment&#8230; Pourquoi<a href=\"https:\/\/www.rabelais32.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Voyage-au-bout-de-la-nuit.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-16300 alignright\" src=\"https:\/\/www.rabelais32.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Voyage-au-bout-de-la-nuit-182x300.jpg\" alt=\"\" width=\"182\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.rabelais32.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Voyage-au-bout-de-la-nuit-182x300.jpg 182w, https:\/\/www.rabelais32.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Voyage-au-bout-de-la-nuit.jpg 400w\" sizes=\"auto, (max-width: 182px) 100vw, 182px\" \/><\/a> s\u2019arr\u00eateraient-ils ? Jamais je n\u2019avais senti plus implacable la sentence des hommes et des choses.<\/p>\n<p>Serais-je donc le seul l\u00e2che sur la terre ? pensais-je. Et avec quel effroi !&#8230; Perdu parmi deux millions de fous h\u00e9ro\u00efques et d\u00e9cha\u00een\u00e9s et arm\u00e9s jusqu\u2019aux cheveux ? Avec casques, sans casques, sans chevaux, sur motos, hurlants, en autos, sifflants, tirailleurs, comploteurs, volants, \u00e0 genoux, creusant, se d\u00e9filant, caracolant dans les sentiers, p\u00e9taradant, enferm\u00e9s sur la terre, comme dans un cabanon, pour y tout d\u00e9truire, Allemagne, France et Continents, tout ce qui respire, d\u00e9truire, plus enrag\u00e9s que les chiens, adorant leur rage (ce que les chiens ne font pas), cent, mille fois plus enrag\u00e9s que mille chiens et tellement plus vicieux ! Nous \u00e9tions jolis ! D\u00e9cid\u00e9ment, je le concevais, je m\u2019\u00e9tais embarqu\u00e9 dans une croisade apocalyptique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>(Mon commentaire\u00a0: Les guerres ont chang\u00e9 de visage depuis celle que nous d\u00e9peint C\u00e9line au d\u00e9but de son Voyage.\u00a0 Restent \u00a0leur horreur et\u00a0 leur absurdit\u00e9, qui, telles qu\u2019elles se r\u00e9percutent dans la vie\u00a0 de ceux qui s\u2019y retrouvent embarqu\u00e9s,\u00a0 recouvrent rapidement\u00a0 la noblesse de leurs motivations. C\u2019est pourquoi, malgr\u00e9 tout ce qu\u2019il est advenu ensuite des convictions de\u00a0 C\u00e9line, je reviens \u00e0 ce pamphlet anti-militariste dont la\u00a0 d\u00e9rision, et la grande humanit\u00e9 \u00a0pourraient \u00eatre vus comme la\u00a0\u00a0 boussole invers\u00e9e du grand r\u00e9armement mondial en cours). <\/em><\/p>\n<p>S J<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Extrait de\u00a0: Voyage au bout de la nuit, de Louis-Ferdinand C\u00e9line Ces Allemands accroupis sur la route, t\u00eatus et tirailleurs, tiraient mal, mais ils semblaient avoir des balles \u00e0 en revendre, des pleins magasins sans doute. 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